Et maintenant donnez moi du sens
ALEX GRILLO
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Arts vivantsMusique

ALEX GRILLOLA VOIX LA LANGUE

SESSIONS
MARDI 22 SEPTEMBRE DE 10H À 12H
MERCREDI 23 SEPTEMBRE DE 14H À 16H
MERCREDI 7 AVRIL DE 14H À 16H

SORTIE DE RÉSIDENCE
VENDREDI 25 SEPTEMBRE À 15h
VENDREDI 9 AVRIL À 20h

REPRÉSENTATION
MERCREDI 14 JUILLET

SESSIONS
mardi 22 septembre de 10h à 12h
mercredi 23 septembre de 14h à 16h
mercredi 7 avril de 14h à 16h

SORTIE DE RÉSIDENCE
Vendredi 25 septembre à 15h
Vendredi 9 avril à 20h

REPRÉSENTATION
mercredi 14 juillet


Opératorio pour chanteurs, acteurs, choeur, vibraphone augmenté et dispositif électro-acoustique.
Langues existantes et langues imaginaires, doubles et multiples… La voix La langue est l’aboutissement, sous la forme d’une pièce vocale, de collectes réalisées dans la région marseillaise. Elle nous parle de l’origine des mots, du visible et de l’invisible, du vécu et du devenir…
Comment l’abstraction musicale peut-elle générer du sens ? Ce projet entend interroger la relation des phonèmes et de leur sens, ou plutôt de ce qu’ils provoquent comme polysémies.


Compositeur, directeur du projet : Alex Grillo - Auteure, interprète : Edith Azam - chanteur, chef de chœur : Alain Aubin - chanteuse, chef de chœur : Brigitte Cirla -& Chœur d’amateur.trice.s.

Une proposition d’Alex Grillo (compositeur) en collaboration avec Edith Azam (auteure, interprète), Sébastien Béranger (électronique), Brigitte Cirla et Alain Aubin (chanteurs/chefs de chœur)


ENTRETIEN
Alex Grillo

Résidence de création - Musique - septembre 2020 & avril 2021

Poids ?
On pourrait imaginer une relation entre mon poids et le poids du projet tel qu’il existe dans mon désir de le faire advenir. La place qu’il a prise dans ma vie depuis le temps que j’y travaille. Je n’ai jamais fait le lien, mais on peut imaginer ou inventer un lien entre mes 83 kg et toute cette réflexion, ces projections que j’ai faites…

Quelle est la genèse du projet ?
C’est la suite d’un travail réalisé en 2015 : un projet de fanfare vocale pour l’espace public, non chanté, avec uniquement de la voix parlée. Une première collaboration avec Brigitte Cirla et l’auteure Edith Azam. Nous étions très content du résultat, mais pendant le travail, j’ai dû abandonner certaines choses. À l’issue de cela, j’ai eu envie de travailler une forme avec des chanteurs professionnels. La forme s’est confirmée - 4 personnes au plateau - l’auteure, moi-même et deux chanteurs. A cela s’ajoute un chœur amateur d’une vingtaine de personnes, accompagnés par un traitement électronique.

Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?
Le 3 bis f permet l’exploration. C’est luxueux, de nos jours, d’être accueilli par une "institution" (au sens noble du terme) qui permet aux artistes de répéter, de chercher, de se rencontrer. Le 3 bis f permet surtout cette phase très importante – qui, en ce qui me concerne, allège le projet - où l’on débarque sans avoir aucune idée de ce que l’on va faire. On parle des phonèmes, des voix, de la voix, des voix d’ailleurs. Ces rencontres, comment vont elles s’agencer, se fabriquer ? Nous nous laissons aller aux questionnements. C’est génial, un grand bonheur.

Comment travailles-tu ?
En tant que créateur, c’est une chose et en tant qu’ouvrier de la musique, c’est autre chose. L’ouvrier de la musique se farcit des dossiers, fait des gammes sur son instrument, avale des logiciels MAO. Le créateur est lié à ce qu’on peut appeler l’inspiration, bien que ce mot nous perde parfois dans ses méandres sémantiques.
Et puis il y a bien entendu les échanges avec les autres qui permettent d’avancer ainsi qu’une méthodologie qui s’est inscrite grâce aux cinq périodes de résidences : au 3 bis f, au GMEM et au PIC Télémaque.

Comment cohabites-tu avec ta folie ?
C’est la poésie qui me plaît. C’est ce décalage poétique qui s’installe en soi et qui nous ouvre sur une perception singulière du monde et qu’on appelle parfois « folie ».
Dans les conventions, on est fatalement tenu par nos habitudes, notre condition sociale, nos relations etc. C’est compliqué de dire : « je suis dans la poésie, arrêtez tout ! » ou « foutez-moi la paix avec ma folie ! » et d’imposer : « stop ! laissez-moi rêver. »

Ton jardin préféré ?
Celui qui est secret. Après, il est un peu enfermant ce jardin secret car on tourne on tourne en rond en soi même. Je suis très content de profiter des jardins des autres, avoir de la verdure sous les yeux, mais ne pas m’en occuper. J’aime le jardin des autres, aussi au sens figuré. Je m’intéresse beaucoup aux gens. Ce qu’ils cultivent depuis leur jardin me nourrit. Je suis fasciné par la complexité de l’être humain.

Quelle langue voudrais-tu chatouiller avec tes cils ?
Une langue que je ne comprends pas, dont le sens m’échappe. Ce sont les meilleures puisque je m’intéresse aux sons, à la musique de la langue.

A quelle question répondriez-vous « A vous de voir » ?
Quel est l’aboutissement de votre travail ?


© Quentin Houdas

CIE MONAD
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Arts vivantsDanseCirque

CIE MONAD YIN

SESSIONS
MARDIS 24 NOVEMBRE ET 26 JANVIER DE 10H À 12H

REPRÉSENTATION
SAMEDI 30 JANVIER À 20H

SESSIONS
mardi 24 novembre et 26 janvier de 10h à 12h

REPRÉSENTATION
samedi 30 janvier à 20h
[4,5 – 9 €]


Yin nous invite à déplacer nos perceptions, à changer d’espace-temps.
Mêlant intimement danse derviche et jonglage, rotation des corps et des gestes, il nous emmène dans une transe moderne, hypnose rythmée par une chorégraphie en révolution.


Jonglage et danse : Van-Kim Tran - Jonglage et danse : Cyrille Humen - Alchimie et mise en scène : Eric Longequel


Dans le cadre de la Biennale Internationale des Arts du Cirque


ENTRETIEN
Van-Kim Tran

Résidence de création – Cirque – novembre 2020 et janvier 2021

Poids ?
Nous avons à peu près 34 kg de matériel pour l’instant, dont 3 kg par jupe. Si on additionne avec mon poids, celui de Cyrille et de notre régisseur, en tout, cela doit faire 250 kg en tournée.

Quelle est la genèse du projet ?
Une envie, pour Cyrille et moi de travailler ensemble. J’aime faire des choses qui m’intéressent. À la naissance de ce projet, trois choses m’animaient : jongler, pratiquer la danse derviche et le tai chi. Tout s’alignait parce que ces pratiques sont absolument incompatibles les unes avec les autres - il faut une sorte de lâcher prise pour la danse derviche et un contrôle pour le jonglage. Il y a quelque chose de très intéressant dans la rencontre de ces deux pratiques opposées. Le tai chi, pour sa part, a vocation à unifier. Ces gestes ont le cercle en commun. Il y a une circulation, que ce soit dans le jonglage-contact, la danse derviche et le tai chi où il s’agit de faire circuler une énergie. Cyrille adore les cercles ! Dans son jonglage, on en retrouve dans tous les sens !

Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?
Là encore c’est un alignement plutôt heureux. De manière générale le lien entre l’art et les états de perception m’intéresse. La présidente de notre association, Nina Roberts est psychiatre et spécialiste de l’hypnose. Son domaine de recherche et de prédilection est celui du lien entre l’hypnose et les pratiques artistiques. Dans la danse, par exemple, le fait de tourner sur soi-même est un moyen d’accéder à une sorte de transe, un moyen de quitter le monde matériel. Il est donc heureux de faire la première de ce spectacle dans un lieu qui est à la fois un espace où il y a la place pour l’art contemporain, le spectacle et qui se trouve dans un centre hospitalier psychiatrique. En tout cas un lieu qui s’intéresse de près aux états de perception altérés.

Comment travaillez-vous ?
Au début, il y a une phase d’incubation où je lis beaucoup, où j’expérimente plein de choses qui n’ont aucun rapport avec le spectacle, jusqu’à que j’en trouve un. Ensuite, on se retrouve ensemble dans un lieu de pratique, dans un studio. Cet état brut est comme une sorte d’esquisse. Puis, il y a un moment où je me dis : « ah c’est ça le spectacle ! ». Ce moment, est arrivé quand j’ai découvert le travail de François Roustang, un Hypno-thérapeute français qui a beaucoup développé cette pratique et qui a défini un terme face auquel je me suis dit : « Voilà c’est ça qu’on fait ! ». Il s’agit du mot « perceptude », un état de perception où l’on se connecte au tout, en mettant au second plan le jugement et la rationalité. Un état de veille qui garde notre jugement en sommeil et qui ouvre de nombreuses perceptions. Tout devient possible. François Roustang s’en sert pour aider des personnes qui sont bloquées dans certaines situations de leurs vies. Dans notre pratique artistique, nous y faisons plutôt appel pour expérimenter un autre goût, une autre perception de la réalité.

Comment cohabites-tu avec ta folie ?
J’écoute les bons conseils de mon ami Carl Gustav Jung. J’ai lu beaucoup de ses livres. J’ai été frappé par la clarté de vision qu’il avait et à quel point cela raisonnait en moi. Ce que j’apprécie dans son travail, c’est qu’il recherche une forme d’intégration des différentes forces présentes en nous-même. C’est ce qu’il appelle le processus d’individuation. Cette vision présente l’avantage incroyable où même les choses perçues négativement, par exemple la folie, la colère ou des choses plus sombres, peuvent être perçues comme en évolution. Une matière première qui, à travers les expériences de la vie, les changements, va se métamorphoser de manière sublime. J’aime beaucoup ce rapport qui permet une équanimité avec nos expériences intérieures et extérieures

Ton jardin préféré ?
De manière générale, je préfère la forêt au jardin. Les jardins à la française, je ne supporte pas et n’y vais jamais ! À la limite, les jardins japonais, ça j’apprécie, car il y a une recherche de coexistence et d’harmonie entre l’homme et la nature. Mais à choisir, je préfère quand même aller me balader ou voyager en forêt naturelles, là où il y a différents arbres qui coexistent.

Quelle langue voudrais-tu chatouiller avec tes cils ?
La langue en question se reconnaîtra.

A quelle question répondrais-tu « A vous de voir » ?
« Est-ce que vous partez en transe pendant le spectacle ? »


site de la compagnie


©Emmanuelle Tricoire

YAÏR BARELLI & NILOUFAR BASIRI
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Arts vivantsDanse

YAÏR BARELLI & NILOUFAR BASIRIZAMAN contre toi

SESSIONS
JEUDI 10 DÉCEMBRE DE 15H À 17H
VENDREDI 9 JANVIER DE 10H À 12H

SORTIE DE RÉSIDENCE
VENDREDI 8 JANVIER À 15H

SESSIONS
jeudi 10 décembre de 15h à 17h
samedi 9 janvier de 15h à 17h

SORTIE DE RÉSIDENCE
vendredi 8 janvier à 15h


ZAMAN contre toi use d’une situation politiquement conflictuelle entre deux pays comme prétexte pour un rapprochement. L’un.e contre l’autre, Niloufar et Yaïr dévoilent leur rencontre, leur situation similaire de dépaysement en France, la critique et le manque de leurs pays d’origine. Matière de recherche et point de convergence, les chansons populaires dont ils sont à la fois critiques et nostalgiques, interprétées dans un va-et-vient entre leur langue d’origine et le français, deviennent un terrain de jeu politique, linguistique et performatif.


Conception et interprétation : Niloufar Basiri et Yaïr Barelli - Lumière et espace : Yannick Fouassier - Son : Jonathan Reig - Administration de production : Laura Aknin - Regards extérieurs : Alix Boillot, Kerem Gelebek - Remerciements : Marion Lajous


ENTRETIEN
Yaïr Barelli & Niloufar Bassiri

Résidence de création – Danse – décembre 2020 et janvier 2021

Poids ?
Y : Dans un bon jour 71,2 kg
N : entre 59 kg et 60 kg
Y : ensemble cela fait 131,2 kg

Quelle est la genèse du projet ?
N : Notre rencontre. Nos expériences qui sont celles de deux étrangers à la communication entravée de par leurs pays d’origine. Pour moi, c’est la première fois que je rencontrais quelqu’un venu d’Israël. La France est devenue un espace intermédiaire. Nous y avons vécu des choses communes qui ont fait le lien entre nous.

Y : La rencontre s’est faite à l’École des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand. Je ne sais pas si un européen peut comprendre ce que cela représente de rencontrer quelqu’un qui vient d’un pays ennemi. Il y a tout de suite une sorte d’excitation, mêlée de peur. C’est complètement débile mais c’est comme ça. Comme l’a dit Niloufar, on s’inspire aussi de notre exil en France car on a été confronté.e.s aux mêmes problèmes : l’adaptation à la langue, les démarches administratives… On ne parle pas bien français, on ne comprend pas et on improvise constamment. La genèse du projet, c’est donc à la fois ce qui est très loin (nos pays d’origine et la guerre) et très proche (la France). Par ailleurs, je suis attiré par la culture persane depuis très longtemps.

N : Quand j’ai décidé de faire un stage avec Yaïr j’avais vraiment peur, car je ne savais pas si travailler avec un israélien poserait problème quand je retournerais en Iran. Après, c’est devenu comme un acte de résistance. Je me suis dit : « oui, pourquoi pas ». On va faire un projet de toutes ces complicités.

Y : C’est un peu banal, la situation est absurde mais il y a un réel danger. On a même discuté, de changer de nom, inventer un pseudo et finalement Niloufar a décidé que non.

N : Les chansons vont permettre de montrer les différences entre nous, en utilisant les points communs en France pour faire lien.

Y : Oui, on travaille sur des chansons d’Israël et d’Iran avec lesquelles nous avons grandi et qui nous rendent nostalgiques. Nous sommes en train de les traduire en français pour les amener auprès de nous. Pour un public français, ces chansons ne veulent absolument rien dire. Il y a un intérêt dans ce décalage de charge émotionnelle. Et puis il y a le sujet de la lutte qui était un hasard. Il y a eu un incident récemment. Un judoka iranien fait le choix délibéré de ne pas refuser de combattre contre un adversaire israélien. Il a été contraint s’exiler en Allemagne, car normalement un sportif iranien qui est confronté à un israélien doit renoncer. On va faire un peu l’inverse, une sorte de lutte intentionnelle où se confondent peur et désir de la rencontre de l’autre.

Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?
Parce c’est génial !

Comment travailles-tu (travaillez-vous) ?
Y : Nous ne savons pas encore, c’est une collaboration, ça c’est sûr. Nous ne sommes pas au même endroit, mais il n’y a pas de hiérarchie. Niloufar a une expérience que moi je n’ai pas. Elle est architecte. Elle vient de beaucoup plus loin que moi. Elle a un parcours de plasticienne. Il nous faut trouver comment collaborer. De mon côté, lorsque j’enseigne, je tente de travailler avec le groupe, me situant davantage comme l’un des participants que comme un enseignant.

N : Au début je pensais comme enseignant/étudiant. Finalement, j’ai vu que l’on pouvait inventer autre chose.

Comment cohabites-tu avec ta folie ?
Y : J’ai envie dire qu’il n’y a pas de folie.
N : Oui exactement !
Y : C’est un malentendu. On habite bien, on ne sait pas habiter autrement. J’ai fait un projet avec ce que l’on appelle une classe ULIS (Unité localisée d’intégration sociale). Qu’est-ce que cela veut dire « intégrer » ces enfants qui ont des « handicaps mentaux » ? Je n’ai jamais réussi à comprendre. Quand je les ai interrogé.e.s, j’ai eu des réponses complètement non satisfaisantes : « j’ai un problème de concentration », « j’ai un problème de mémoire ». Mais on a tous des problèmes de concentration et de mémoire. Je pense que s’il faut les inclure cela veut dire que quelqu’un les a exclu. Et c’est plutôt-là que se situe le problème, dans la conception de la folie et plus que dans la folie elle-même.

Ton jardin préféré ?
Y : Le jardin de ma mère, qui se trouve à Jérusalem.
N : Le jardin Eram à Shiraz en Iran.

Quelle langue voudrais-tu chatouiller avec tes cils ?
Y : La langue d’un serpent.
N : d’un chat.

A quelle question répondriez-vous « A vous de voir » ?
Y : « Ton jardin préféré ? » (c’est une réponse écologique, recyclée)
N : C’est quoi votre projet ?


Sites des artistes
Yaïr Barelli


© Barelli

ANIMA THÉÂTRE
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Arts vivantsmarionnette

ANIMA THÉÂTREREBETIKO

REPRÉSENTATION
MARDI 15 DÉCEMBRE À 19H

REPRÉSENTATION
mardi 15 décembre à 19h
[4,5 – 6 €]


Conçu comme une odyssée, Rebetiko, nous emporte dans un voyage d’images, de marionnettes et de musique. L’histoire de ce genre musical populaire Grec, le Rebetiko, raconte aussi celle des hommes qui l’ont façonné au grès des vagues de migrations venues d’Orient des années 1920 à nos jours. Il est un pont entre Orient et Occident, une traversée dans l’espace et le temps. Des récits entrecroisés, portés, dans ce spectacle, par deux marionnettistes, un musicien-manipulateur doté d’une laterna (piano-mécanique) et différents procédés holographiques.


Mise en scène : Yiorgos Karakantzas - Écriture : Panayiotios Evangelidis - Construction, marionnettes et accessoires : Demy Papada et Dimitris Stamou Cie Merlin Puppet Theatre - Vidéo : Shemie Reut - Compositeur/musicien : Nicolo Terrasi - Marionnettistes : Irene Lentini et Magali Jacquot.


Dans le cadre de Momaix 2020


ENTRETIEN
Yiorgos Karakantzas

Résidence de création – Marionnettes – mars et décembre 2020

Poids ?
Poids plume de bison.

Quelle est la genèse du projet ?
C’est inspiré de mon l’enfance et du temps vécu avec ma grand-mère. C’est l’histoire de son périple dans les années 20 de l’Asie mineure, d’Izmir vers la Grèce. Voilà la première inspiration du projet. C’est aussi une histoire de rencontre. Cela faisait un moment que j’avais croisé Panayiotios Evangelidis. Mon envie de travailler avec lui et son envie de travailler pour la marionnette nous a réunis. En découle cette naissance un peu hybride, ce format quasiment cinématographique avec un scénario de texte muet.

Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?
C’est un espace qui me fait le même effet que la Chartreuse de Villeneuve-Lès-Avignon. C’est un lieu apaisant. Un endroit où on peut créer tranquillement, se concentrer sur ce qu’on fait. Ce qui m’a vraiment touché et remué, c’est l’échange durant les ateliers. L’expérience artistique et la narration se reflètent dans les gens qui participent aux ateliers d’une manière qui les débordent. Si on fait ce travail, c’est aussi pour la part d’humanité que cela peut dégager. Le 3 bis f est un endroit sensible.

Comment travailles-tu ?
L’idée est de changer régulièrement mes habitudes, de travailler avec des gens qui peuvent métisser la vision du projet. Au démarrage, il y a souvent une idée qui vient de moi. Et puis, je pars rencontrer du monde, vivre des sujets, les traverser. L’idée est de créer avec d’autres artistes, comme Panayiotios que j’ai déjà cité, qui amènent leur esthétique et de nouveaux univers dans le rapport à la marionnette.

Comment cohabites-tu avec ta folie ?
Je fais de la marionnette depuis plus de 20 ans maintenant. La « folie » pour nous, les marionnettistes, c’est vraiment de se mettre à jouer avec des croix pour donner vie à tout ce qui passe entre nos mains. Avoir la conviction que tout peut être animé, que chaque objet peut raconter des histoires. Croire à la vie des objets. La marionnette prend en charge des choses qui nous dépassent. C’est un superbe outil, très libérateur.

Ton jardin préféré ?
Un jardin lié à mon enfance et l’enfance de mes enfants. C’est le jardin du petit appartement de mes parents en Grèce. Ce n’est pas un jardin magnifique mais c’est un endroit dans lequel on s’est tellement retrouvés, où on s’est vus grandir, jouer, patauger avec la terre. C’est un jardin d’émotions plutôt qu’un jardin de plantes.

Quelle langue voudrais-tu chatouiller avec tes cils ?
Cette question m’a beaucoup troublé. Je pensais à une grosse bestiole. Une panthère, peut-être. Mettre ma tête à l’intérieur de la gueule d’une panthère, pour voir ce qui s’y passe. C’est de l’ordre du fantasme, du danger, et puis j’aime beaucoup les gros chats.

A quelle question répondriez-vous « A vous de voir » ?
Je ne sais pas. À toi de voir. Joker !


site de la compagnie

MARK ETC
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Arts vivantsThéâtre

MARK ETCFAUTE DE TOUT POUR FAIRE UN MONDE

SESSIONS
3, 4, 5, 10, 11 MARS DE 14H À 15H

CLÔTURE DE RÉSIDENCE
VENDREDI 12 MARS À 15H

SESSIONS
3, 4, 5, 10, 11 mars de 14h à 15h

CLÔTURE DE RÉSIDENCE
vendredi 12 mars à 15h


Il se murmure que la terre est promise à l’apocalypse.
Certains parlent d’effondrement ou d’extinction. L’époque serait-elle devenue imprévisible ? Comment a-t-on pu en arriver là ? Et finalement, que faut-il pour faire un monde ?
Dystopie rétro-futuriste et spectacle immersif, « Faute de tout pour faire un monde » propose un voyage dans le temps pour pister les manières dont on se représente la vie future et la relation de la dynastie humaine à son contexte.


Conception et mise en scène : Mark ETC - Assistante dramaturgie : Karine Sahler - Avec : Francis Bolela, Hadi Boudechiche, Louis Cahu, Maud Jegard, Céline Laurentie, Céline Naji, Florence Peyrard, Toma Roche - Production : Christophe et Jérôme Paris-Marty


ENTRETIEN
Mark ETC

Résidence de création – Théâtre & Espace public – Mars 2021

Poids ?
« plume » Je pèse 68 kg. Je suis né le 1er Mai 1968, il y a sûrement un lien. Il y a aussi un lien avec le fait d’être un poids plume. Sans vouloir trop charger le poids de l’histoire, les utopies de ces années semblent quand même bien éventées, dissipées. Cette relation du poids au temps, je veux la souligner. Je trouve qu’on n’a pas gagné grand chose et donc qu’on ne pèse pas grand chose. Dans une séquence humaine, la génération ne pèse pas grand chose. Elle pèse quand même suffisamment pour compromettre son cadre de vie. J’ai la légèreté de penser que je ne pèse pas grand chose, parce que si l’art changeait la vie ça se saurait. Je ne crois pas à cette idée même si moi ça m’a changé.

Quelle est la genèse du projet ?
Rebrousser un peu le temps, pour comprendre pourquoi on en arrive à une époque où nous savons que l’impact sur notre milieu de vie peut être tel qu’on compromet tout simplement notre capacité à nous maintenir. C’est vieux comme le monde, mais nous sommes quand même une espèce comme les autres mêlés dans un dialogue que l’on pourrait entretenir inter-espèces. Ce qui nous nourrit, dans nos organes, notre corps, les bactéries, les enzymes, en témoignent.
Le projet a cette origine. Il vient de là. Vouloir fouiller dans le passé pour moi ce n’est pas pour accumuler des preuves irréfutables de quelque chose, par exemple d’une prédisposition humaine à l’autodestruction, ce genre de grandes questions qui ont eu leur réponse y compris par le théâtre. C’est plutôt une manière de s’intéresser à la façon dont on se représente dans le monde.

Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?
Concrètement, Faute de tout pour faire un monde offre au spectateur de revisiter des époques à travers le subterfuge d’un voyage dans le temps. Cela se passe dans une maison. Une maison allégorique, constituée de pièces. Au 3 bis f j’ai envie de traiter du grenier parce que je vois bien que par la nature de cet espace, il y a quelque chose à jouer dans la relation à la psyché. J’ai envie de parler de mémoire.
Ce voyage dans le temps va faire constater que le monde est d’abord affaire de représentations.

Comment travailles-tu ?
Immersion. Je lis, je me documente. Beaucoup d’essais, pas tellement de fictions. Cependant, il y’a des choses qui reviennent dès qu’on se confronte à l’anticipation, la SF… Dans un second temps, je travaille au plateau en équipe. Je partage ces références, je vais assez loin dans la déconstruction de ce que j’imagine.
Avant de faire du théâtre je m’intéresse à ce qui fait relation, à ce qui peut être provoqué dans un espace public. Nous travaillons sur des canevas, parfois très écrits, parfois basés sur l’improvisation. Je suis ouvert à ce que nous travaillions collectivement dans ce moment-là. C’est très jubilatoire, excitant et en même temps anxiogène. Il faut arriver à tenir son sujet, à être compris et à amener quelque chose d’intéressant. À un moment donné, j’arrive à avoir une vision. Tout se met en place progressivement.

Comment cohabites-tu avec ta folie ?
« En toute inconscience »
Je pense à Wittgenstein : « est ce que mes jambes existent sous la table si je ne les considère pas ? » J’ai bien conscience qu’il y a quelque chose de ce côté-là, mais je ne m’y intéresse pas. Je la perçois moins comme une altération que comme un alter ego. C’est pour moi un continent, un iceberg. C’est immergé. C’est une notion très polysémique, très sociale. C’est aussi une affaire de représentations et d’expression : puisqu’on la nomme tel un désordre, au moins aux yeux de ceux qui trouvent ordre et un agencement au monde qui les entoure.

Ton jardin préféré ?
J’ai pensé tout de suite, exubérance. A priori mon jardin préféré est moussu, humide, odorant. Il est charnel, fourmillant, infini. Dans tout ce qui est charnel il y a quelque chose de fusionnel, c’est une relation au monde, à la planète terre.
Du jardin, je passe plutôt au parc et du parc je me suis dit que j’aimais bien converser, marcher avec quelqu’un. Il est venu un peu un modèle de jardin que j’aime en promenade : ces jardins terrassés, en restanques : ils offrent un spectacle à voir. L’idée de partager une vue me plait.
Il y a aussi les jardins urbains. Dès que je rentre dans un jardin ce qui m’intéresse en vérité, ce sont les gens qui s’y trouvent, les événements. J’aime bien regarder, j’aime bien quand ça me relie. Mon jardin préféré est un lieu qui me met en relation.

Quelle langue voudrais-tu chatouiller avec tes cils ?
Un pangolin. Un animal radicalement différent. La belle et la bête.
La langue des signes.
La langue d’un enfant peut-être.

A quelle question répondrais-tu « A vous de voir » ?
En général, je n’aime pas esquiver les questions. Je pense que la fonction d’artiste est d’amener aux questions. Je n’aime pas y répondre non plus, même si je peux avoir un point de vue. Je serais tenté de dire : « quelle est la question ? ». Si on me répond « à vous de voir » je me dis « mon travail a marché ». Cette question ouvre celle de la subjectivité.


site de la compagnie

PAULINE BRUN
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Arts vivantsDansePerformance

PAULINE BRUNRAIDE D’ÉQUERRE

SESSIONS
23, 25 ET 30 MARS DE 10H À 12H

SORTIE DE RÉSIDENCE
JEUDI 1ER AVRIL À 15H ET 19H

SESSIONS
23, 25 et 30 mars de 10h à 12h

SORTIE DE RÉSIDENCE
jeudi 1er avril à 15h et 19h


L’expression « raide d’équerre » pointe avec ironie ce qui se plie, frise, penche, flanche, titube. Dans ce spectacle, Pauline Brun creuse les altérations et les écarts dans le réel pour construire, dans la fiction, d’autres formes d’altérités.


Concept, chorégraphie, performance et scénographie : Pauline Brun - Création sonore : Diane Blondeau - Création lumière : Florian Leduc - Assistante : Valérie Castan - Dramaturgie : Céline Cartillier - Assistante son : Maïa Blondeau


ENTRETIEN
Pauline Brun

Résidence de création – Danse – Mars, avril 2021

Poids ?
« chiche ».
J’ai finalement procédé avec une méthode avec laquelle je travaille qui est de regarder la définition du mot : « objets lourds utilisés pour certains entraînements physiques ».

Quelle est la genèse du projet ?
Raide d’équerre s’inscrit dans la continuité des différentes propositions que j’ai menées jusqu’ici. Ce projet assemble deux disciplines que je pratique : l’art plastique et la chorégraphie. Il cherche à explorer d’autres formes d’altérité. Pour cela, je passe par des formes d’hallucination ou de vérification d’existence des choses.

Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?
C’est un lieu qui m’intéresse parce qu’il met en relation ces deux champs que sont les arts visuels et vivants. Ce qui me rend très curieuse de ce lieu, c’est le fait qu’il crée des liens entre l’hôpital psychiatrique et un public plus large. Que ce lien puisse être un processus qui se partage, qui s’expérimente.

Comment travailles-tu ?
J’ai une manière de travailler assez empirique. Il y a une articulation, une espèce de logique interne, un lien de cause à effet dans l’ensemble de mon travail. Une logique, non pas illogique mais plutôt absurde, une logique propre. Je regarde avec attention ce qui apparaît dans le « faire », ce qui peut être de l’ordre de l’accident, qui est récupérée, re-pratiqué, écrit, maîtrisé. Puis, qui donne une chose nouvelle. C’est un chemin. C’est aussi un travail d’équipe. Quand on travaille ensemble, ce qui est important pour moi c’est qu’il y ait une forme d’horizontalité des échanges à tous les endroits. On débat, on n’est pas forcément d’accord, on rit. C’est un espace de collaboration où découvrir de choses que l’on ne pouvait pas anticiper.

Comment cohabites-tu avec ta folie ?
Je vois ça comme un terrain de jeu et d’exploration. Cette question me fait penser à un précédent projet, Étalon, une série de vidéos et de performances qui parlent de mesures et de normes que l’on viendrait questionner. Il s’agit de trouver de la distorsion, de questionner le standard. Cela se poursuit dans Raide d’équerre où il est question de la distorsion du rapport au temps, à l’espace, à son corps, au corps de l’autre, sur de nombreux niveaux de relations. C’est aussi un travail qui s’intéresse à l’inefficacité, à l’absurde, à construire un corps qui serait un peu contre-productif.

Ton jardin préféré ?
Ce qui m’est venu tout de suite c’est Jardin de Yûichi Yokoyama, un dessinateur de BD. Je le trouve incroyable. C’est le jardin qu’on projette : un jardin sans fin, une zone d’exploration, une curiosité qui se transforme en permanence.

Quelle langue voudrais-tu chatouiller avec tes cils ?
Ma première réponse, spontanée, serait celle d’un dinosaure herbivore.
La seconde serait une langue qui ne serait peut-être pas de l’ordre de l’oralité mais davantage du côté du silence et de l’action.

A quelle question répondriez-vous « A vous de voir » ?
« Est-ce que vous préférez avoir un bras en mousse ou une jambe en bois ? »


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© Mélissa Boucher

BASTIEN MIGNOT
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Arts vivantsThéâtre

BASTIEN MIGNOTUN REGARD SUFFIT À RAYER L’INVISIBLE

SORTIE DE RÉSIDENCE
JEUDI 10 JUIN À 20H

SORTIE DE RÉSIDENCE
jeudi 10 juin à 20h


Un regard suffit à rayer l’invisible déplie le motif du noir dans un rêve d’obscur. Le noir y est l’origine de nos métamorphoses à venir. La nuit tombe à la fin de chaque jour, elle nous entoure et nous constitue comme l’air que nous respirons. L’Obscurité est la matière même du théâtre. L’Obscurité est la matière même du théâtre. Elle est cet être invisible et vivant avec lequel Bastien Mignot propose de tisser quelques alliances pour dessiner de nouvelles cosmogonies.


Conception, scénographie et mise en scène : Bastien Mignot - Avec : Alix Boillot, Julie Menut, Antoine Cegarra - Lumière : Manon Lauriol - Son : Clément Vercelletto - Dramaturgie : Céline Cartillier


ENTRETIEN
Bastien Mignot

Résidence de création – Danse – Juin 2021

Poids ?
Ça m’évoque quelque chose de l’enfance, une question de physique élémentaire, où on se demande : « Qu’est-ce qui est le plus lourd, un kilo de plomb ou un kilo de plumes ? » Le poids est strictement le même, la devinette dit explicitement que c’est un kilo, mais notre esprit hésite car l’espace d’un kilo de plumes et l’espace d’un kilo de plomb ne sont pas les mêmes. C’est le volume qui entre en jeu. Ça illustre l’arbitraire de la mesure, qui ne tient pas forcément compte de la consistance de la matière.

Quelle est la genèse du projet ?
La genèse de cette pièce est assez lointaine. Quand j’ai commencé à faire des pièces en 2012, je me suis placé dans l’espace liminaire du crépuscule. J’ai mis mon corps en jeu dans ce moment de la journée qui effleure le début de la nuit. J’ai aussi mené une exploration avec le photographe Grégoire Edouard et nous avons constitué un corpus de photographies et de vidéos dont les images ont été prises à la fin du jour. Continuer de marcher sur ce chemin m’amène dans la nuit. Un regard suffit à rayer l’invisible, nait d’une exploration nocturne. Parmi les sources, il y a Rêver l’obscur, le livre de l’éco-féministe Starhawk dont le titre lui-même représente à mes yeux une forme d’injonction positive, un mantra, une action à faire, à rêver l’ombre. Pour Starhawk cela implique d’accepter les parts d’obscurité en nous-mêmes pour y retrouver de la force. Cette lecture a été une étincelle.

Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?
Alors tout simplement, parce que j’y ai été invité. Après, je dirais que ce qui entre immédiatement en résonance avec mon travail, c’est la dimension de relation et de soin qu’il y a dans cet établissement. Une autre chose qui me semble spécifique et d’importance : c’est la recherche. Dans les arts vivants elle est rarement au premier plan.

Comment travailles-tu ?
Dans le cas de cette pièce, je travaille avec le temps, sur la longueur. Cela fait à peu près quatre ans que j’en ai posé les premières intentions. Il y a une part du travail que je fais seul, c’est un moment de recherche. Je le nomme plutôt promenade, exploration. Ce n’est pas une recherche scientifique. C’est plutôt de la dérive. Je développe notamment une pratique de collecte. Cette collecte est ensuite mise en forme dans des atlas, héritée d’une pratique warburgienne en quelque sorte [Andy Warburg, 1866-1929, est un historien de l’art dont le travail a posé les bases de l’iconologie, notamment avec L’Atlas mnémosyne].. Je prélève des éléments à la fois dans la littérature, à la fois dans l’histoire de l’art, des sciences, de l’occultisme… Une fois au plateau, il s’agit de faire confiance à des visions, ces choses que l’on projette, qui nous arrivent, qui sont de l’ordre de l’intuition. Ce sont ces visions qui travaillent. Je crois fort aux phénomènes d’apparition. Ces apparitions ont pour véhicule la confiance, la confiance dans l’espace, dans les fantômes de l’espace, dans les personnes avec lesquelles je travaille, dans la pièce, dans l’état de mûrissement de la pièce. Car c’est la pièce qui décide.

Comment cohabites-tu avec ta folie ?
Par l’écoute et le dialogue. Les différents moi cohabitent dans le moi que tu vois là en face de toi. À l’intérieur il y a plusieurs parts de moi, certaines que je connais, d’autres non. Elles ne sont pas toujours d’accord entre elles.

Ton jardin préféré ?
Mon jardin préféré, c’est la forêt. C’est celui qui n’a pas d’enclos, il est situé dans « l’ouvert », comme dit Jean-Christophe Bailly. C’est un écosystème. Il ne serait plus la marque de la supériorité de l’homme sur le reste du vivant. Cela me renvoie au concept de Gilles Clément : « le jardin planétaire », où les frontières de l’enclos du jardin sont celles de la planète elle-même. Il s’agirait de laisser les mauvaises herbes exister, laisser les vivants s’agencer, s’exprimer.

Quelle langue voudrais-tu chatouiller avec tes cils ?
Ce serait l’hébreu. Les cils, c’est presque les yeux, c’est le regard. Cette langue est charnière dans l’histoire de l’humanité et dans l’histoire de notre rapport avec le réel. C’est une langue, comme l’arabe, où, à l’origine, il n’y a pas de voyelles écrites. C’est une langue qui a besoin de la parole, qui n’est pas totalement enfermée dans l’alphabet.
Je pense au livre Comment la terre s’est tue, de David Abram. Dans ce livre, extraordinaire à bien des égards, David Abram fait enquête sur le moment où les humains se sont déconnectés du reste du vivant et se sont enfermés dans leurs propres préoccupations d’humains. Son enquête passe par la sémiotique, par la langue. Il parle notamment de la langue hébraïque comme se situant encore dans la matérialisation, à sa lisière, après les écritures hiéroglyphiques, pictographiques et idéographique. Il y a encore la présence de la réalité de la chose. En chinois par exemple, le mot arbre est un idéogramme qui représente un arbre. Dans notre alphabet post-hébraïque, dans notre alphabet romain, en français, arbre c’est a.r.b.r.e, ce qui n’a plus aucun lien sensible avec un arbre.

À quelle question répondriez-vous « À vous de voir » ?
Ce serait peut-être à cette question : « Quelle est la signification d’une œuvre, en l’occurrence celle que je suis en train de faire ? » J’ai des nécessités vis à vis de cette pièce. Ce n’est pas forcément intéressant de les entendre parce que ces nécessités-là vont se traduire dans les formes. Elles vont irriguer le travail. Ce que va en faire une personne à son contact, sa façon de recevoir le travail, le sens qu’elle y donnera, c’est à elle de voir…


© Raphael Fourau

JONAS CHÉREAU
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JONAS CHÉREAURÉVERBÉRER

SESSIONS
30 JUIN, 2, 7 ET 9 JUILLET DE 10H À 12H

SORTIE DE RÉSIDENCE
MERCREDI 14 JUILLET

SESSIONS
30 juin, 2, 7 et 9 juillet de 10h à 12h

SORTIE DE RÉSIDENCE
mercredi 14 juillet


R É V E R B É R E R est un espace où l’on prend soin des nuances, où les corps renvoient de la lumière et reflètent des ombres, un lieu qui défend le droit à l’obscurité et qui ne renonce pas à l’harmonie. Un endroit où la danse et la lumière sont indissociables.


Conception : Jonas Chéreau - Interprétation & Création lumière : Pauline Brun, Jonas Chéreau, Estelle Gauthier, Marcos Simoes - Assistante à la dramaturgie : Valérie Castan


ENTRETIEN
Jonas Chéreau

Résidence de création – Danse – Juillet 2021

Poids ?
Je ne connais pas mon poids, car je n’ai pas de balance chez moi. Par contre, je sais que parfois je peux être très lourd ou très léger. C’est un peu variable.

Quelle est la genèse du projet ?
Réverbérer part de l’idée de s’intéresser aux sensations que procure la lumière, tant émotionnellement que physiquement. C’est cette chose simple d’observer comment la lumière vient nuancer les choses et parfois les rendre plus complexes.

Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?
Il y a plusieurs raisons. J’ai vraiment aimé la manière dont on m’a amené à venir au 3 bis f, comment on m’y a invité. Ensuite, je trouve très inspirant le fait que ce lieu soit inscrit dans la société. Il y a aussi un intérêt, par rapport au fait d’aller dans le sud. Je vis en Belgique, dans une ville du nord (Bruxelles) et venir ici convoque un rapport différent à la lumière, qui va nourrir le projet.

Comment travailles-tu ?
Je travaille de manière empirique, très en lien avec mon intuition. En général, au bout d’un moment, l’objectif se resserre pour créer un lien entre des mots, des actes, des gestes, des danses afin de les faire résonner les unes par rapport aux autres. J’aime observer comment les choses se cognent les unes aux autres !

Comment cohabites-tu avec ta folie ?
En habitant mes paradoxes.

Ton jardin préféré ?
Un ciel étoilé.

Quelle langue voudrais-tu chatouiller avec tes cils ?
La langue des signes.

A quelle question répondrais-tu « A vous de voir » ?
Pourriez-vous dire à l’envers « à voir de vous » ?


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