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ARTISTES EN RÉSIDENCES

ALIX DENAMBRIDE & EMMANUEL VIGIER

Résidence de création - juin 2021 & juin 2022  
3 bis f

Alix Denambride et Emmanuel Vigier sont accueillis en résidence de création du 20 au 26 juin 2022  pour un travail autour de leur pièce de théâtre documentaire Huit calibres, 1 cartouche de gitanes, 1 micro suite à une première résidence de création durant la saison 2020-2021. 


Alix Denambride est autrice, metteure en scène et comédienne. Elle explore les espaces non voués à la représentation au travers d’une écriture qui interroge le lien entre document et fiction. Elle collabore régulièrement avec la FAI-AR, Formation supérieure d’art en espace public à Marseille. 

Documentariste et vidéaste, Emmanuel Vigier tourne son premier film en 2007 entre la Bosnie et Marseille (J’ai un frère). Ancien grand reporter, il fabrique depuis des objets documentaires, qui questionnent la marge et la frontière. Il travaille régulièrement avec la Compagnie sous X et le Collectif 360° et même plus, et affectionne les collaborations à la croisée des chemins.

CONVERSATION


Poids ?

Emmanuel : Stable.

Alix : variable.


Distance ?
Alix : Celle que je ne parviens jamais à prendre.
Emmanuel : Dans la création - comme en amour -, la question est  incontournable et la réponse jamais figée.


Quel événement (artistique, culturel, politique, économique, environnemental…) associes-tu à ton année de naissance ?

Alix : J’associe mon année de naissance à la marche pour l'égalité et contre le racisme, qui partie de Marseille le 15 octobre 83 avec une quarantaine de personnes, pour finir à plus de 100 000 personnes à Paris le 3 décembre.
Emmanuel : En 1970, David Hockney peint Le parc des Sources à Vichy, la ville où je suis né. Image d'un couple dont on ne voit pas les visages et qui s'est peut-être aimé dans le décor désuet d'une ville maudite.


Quelle est la genèse du projet ?

Emmanuel : La rencontre avec le personnage de Georges Courtois dans des rushes que me montre Alix. Il est metteur en scène de lui-même, metteur en scène de la justice, metteur en scène de l’information. Un personnage "super metteur en scène".

Alix : Initialement je travaillais sur l’écriture d’un projet autour de l’injustice sociale qui progressivement est devenu ce projet-ci. J’avais mené un certain nombre d’entretiens avec une juge d’instruction à Bruxelles et d’anciens détenus. En entendant parler de Georges Courtois, en découvrant ces images, j’y ai vu quelque chose qui est de l’ordre de la revanche. Une revanche sociale extrêmement puissante.


Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?

Emmanuel : C’est un lieu dans lequel j’ai déjà été accueilli. Un lieu où l’approche de la création est sensible, où l’on peut être bousculé, bouleversé. Il y a la possibilité de la rencontre qui vient se loger dans le processus de création et le nourrir. C’est la promesse d’un lieu de travail extrêmement vivant et risqué. Courtois, des risques il en a pris....

Alix : À l’endroit de la folie du personnage sur lequel nous travaillons, ce renversement des rôles, parle, il parle dans les murs.

Emmanuel : Courtois est hors des clous, hors les murs. Il est hors tout ! À la croisée des chemins. Arriver au 3 bis f avec un gars comme ça, c’est plutôt chouette.


Comment travaillez-vous ?

Alix : Nous avons un peu la même manière de travailler. Nous sommes ainsi passés de collaborateurs à co-auteurs. Nous avons des rythmes similaires : des processus longs d’écriture, accordant une large part à la documentation et à la recherche. Nous emmagasinons beaucoup de matières. Nous sommes d’abord des collectionneurs avant de commencer à donner une forme.

Emmanuel : Je parlerais aussi de confiance au fil des années. Nous sommes de vrai.e.s obsessionnel.le.s. Dès lors que nous sommes sur un chemin, nous y sommes longtemps, avec insistance. Nous ne décrochons pas ! Cela demande de la rigueur et dans cette rigueur là il y a aussi de la folie possible. Nous fonctionnons avec nos rêves, avec ce qui vient s’inviter à nous. Il y a une musique que nous sommes arrivés à trouver tous les deux. Cela se fait dans une grande joie mais à chaque fois sur des chemins très périlleux.


Comment cohabites-tu avec ta folie ?

Emmanuel: C’est une question de distance. En essayant qu’elle soit plutôt amie. Qu’elle vienne se loger dans la création, plutôt qu’ailleurs. Dans tous les cas elle est là, inévitablement. C’est un mot que j’aime beaucoup, « folie ». J’aime beaucoup le mot « fou ». Ce n’est jamais péjoratif dans ma bouche. Essayer de trouver une distance, essayer de faire avec elle tout le temps. Des fois ça ne marche pas.

Alix : La folie qui porte plutôt qu’elle n’empêche.


Ton jardin préféré ?

Emmanuel: J’ai une réponse très « au ras des pâquerettes ». Mon jardin préféré, est celui d’amis dans les Alpes. J’aime un endroit très précis de ce jardin. C’est un arbre. Très souvent quand je le vois, je dis à mes amis : « vous viendrez disperser mes cendres à cet endroit ».

Alix : Le potager de ma mère. C’est un endroit où j’ai passé beaucoup de temps depuis l’enfance. Je ne l’ai jamais aidé pour ce potager ! Par contre, je m’asseyais toujours sur un caillou pour lui parler de tous mes états d’âme.


Quelle langue voudrais-tu chatouiller avec tes cils ?

Alix : Le Perse.

Emmanuel : La langue du poète.


A quelle question répondriez-vous « À vous de voir » ?

Alix : Pas simple… non parce qu’au début j’avais pensé à : « De quoi sera fait demain ? » et en même temps ce n’est pas « à vous de voir » c’est « à nous de voir ».

Emmanuel : C’est difficile parce que je crois que je ne réponds jamais ça. C’est vraiment une manière de dire : « à vous de voir ». Je crois que je m’efforce toujours de répondre quelque chose. Je n’arrive pas m’imaginer « à toi de voir ».

HUIT CALIBRES, UNE CARTOUCHE DE GITANES, UN MICRO
Samedi 25 juin 2022 à 19h, soirée astrale #4 Été
Théâtre documentaire
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